Avoir un mot d’ordre d’action, clair et unitaire, fait un bien fou. À un certain moment, la grève est nécessaire. Quand on a un gouvernement qui marche sur la tête du mouvement syndical, c’est un devoir sacré et absolu faire sentir que le syndicat existe. Si on ne fait pas de grève générale maintenant, c’est comme si on écrivait une lettre au Premier ministre et à la FEB pour dire « vous nous avez marché sur la gueule, vous pouvez recommencer quand vous en avez envie ».
On veut un programme moins injuste socialement, et moins stupide économiquement. Les pauvres vont payer pour les riches et, au niveau économique, il va approfondir la récession.
On sait bien que les actuels 11 milliards représentent la tranche d’austérité numéro 1, que la tranche 2 est déjà prête (entre 2 et 3 milliards) et que la tranche 3 se prépare : l’étude de la Banque nationale sur l’indexation va sortir, suivie des revendications de la Commission européenne et il y aura les effets de la récession causée par l’absurdité économique de l’approche du gouvernement actuel. Le 30 janvier sera le début d’un combat social qui va durer sans doute tout le printemps.
Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général CNE
On a commencé à tirer la sonnette d’alarme au sein du syndicat dès le mois de juillet, quand on a vu la note du formateur, en expliquant que cette note n’était même pas de centre-gauche. Le sud du pays a sanctionné le MR lors des précédentes élections et on se retrouve avec un programme gouvernemental qui est du MR+. On a demandé de rectifier la note, chose que Di Rupo n’a pas faite.
Cette note est un catalogue 3 Suisses de pensée libérale. On a voulu montrer que ce n’était pas le chemin à prendre, d’où les actions déjà menées. On a souhaité un vrai plan d’action dans la durée car, après 541 jours de négociations pour arriver à un gouvernement, on n’arrivera pas à le faire dérailler aussi simplement que cela.
Ce n’est pas la crise pour tout le monde. Le nombre de millionnaires en dollars, en Belgique, en 2010, est passé de 65 000 à 75 000. Et, ces 5 dernières années, le salaire des patrons du BEL 20 a augmenté entre 15 et 20 % alors que les salaires des travailleurs ont augmenté de 11 %. Comme l’inflation, dans le même laps de temps, a augmenté de 11,5 %, on voit que le pouvoir d’achat des travailleurs a diminué. Et, surtout, les travailleurs ne sont pas responsables de cette crise.
Nico Cué, secrétaire général MWB
Le gouvernement a pris des mesures qui mettent en cause des accords préexistants. Nous avons négocié des conventions collectives, qui intègrent des crédits-temps, des mesures pour accéder à la prépension... Et tout ça change en cours de route. C’est un coup de canif dans les contrats qui ont été passés entre partenaires sociaux et entérinés par des lois.
On voit que ce sont les épaules les plus faibles qui supportent les charges les plus lourdes. Il faut dire « stop », car ce sont des mesures qui sont très pénalisantes pour les travailleurs, qu’ils soient jeunes ou vieux. On essaie d’opposer les générations, alors qu’elles seront toutes touchées par le même menu : pain sec et eau.
Encore une fois, on attaque les symptômes, jamais la cause. Dans une région comme la Wallonie, on fait la chasse aux chômeurs, mais on ne fait pas la chasse au manque d’emplois.
Et, pendant ce temps, les intérêts notionnels continuent à être largement versés, et les employeurs, les spéculateurs, etc. ne sont pas touchés.
Je suis d’accord qu’il y a des économies à faire. Nous ne voulons pas faire la politique de l’autruche, mais la politique du dindon de la farce non plus !
Paul Liakos, secrétaire général CSC Métal
Nous devons nous battre contre l’image véhiculée par les médias, du genre « ils ne font qu’empirer la crise ». Impossible de faire avaler ça à nos militants : ils savent très bien qui est à la base de la crise. Mais, sur le terrain, c’est moins facile. Nos militants tentent d’expliquer le véritable enjeu : nous allons tout droit vers une société où les travailleurs ont de moins en moins de droits, où il y a de moins en moins de sécurité sociale. Ce sera le combat des prochaines semaines, des prochains mois, peut-être même des prochaines années. Si nous ne menons pas la lutte, nous sommes certainement fichus. Ce ne sont pas tant les mesures concrètes qui révoltent les gens – elles changent d’ailleurs tout le temps –, mais l’injustice de devoir payer pour une crise qu’ils n’ont pas causée, au contraire des banques et des spéculateurs. Et que les PDG continuent encore à engranger de gros bonus. Même les gens qui accepteraient peut-être de travailler plus longtemps ne tolèrent pas cette injustice. Et c’est très important – particulièrement en période d’élections sociales – que les trois syndicats agissent en front commun.
Gaby Jaenen, secrétaire provinciale adjointe
Centrale générale (ABVV) Limbourg
Mes collègues de la LBC de toutes les régions travaillent à fond pour expliquer qu’il ne s’agit pas seulement de la question de la prépension et de l’allongement de la carrière. D’ailleurs, supprimer ou limiter la prépension, c’est en fait rendre le licenciement d’un travailleur plus âgé meilleur marché. Cela ne met pas un seul jeune au travail. Et si les allocations de stage d’attente et de chômage diminuent, cela touche aussi les jeunes.
Nous avons aujourd’hui affaire à – et c’est nouveau – une vraie campagne contre la grève. Dans les médias, à tous les coups, s’expriment des personnes qui s’opposent à la grève, donc aux grévistes. Je comprends certes que toute grève entraîne des perturbations, mais en premier lieu pour les grévistes. Ils ne font jamais grève pour le plaisir, ils en subissent d’ailleurs la conséquence sur leur salaire. C’est une action qu’on mène lorsque la concertation ne donne rien, ce qui est le cas maintenant. Faire la grève est la seule possibilité de pouvoir conserver des droits ou d’améliorer une situation. Cela a toujours été comme ça.
Nous devons réagir. Ces économies sont terriblement injustes. Le gouvernement ne dit pas un mot d’une taxe sur les grosses fortunes, il met la fraude fiscale au même plan que la fraude sociale… Et de nouvelles mesures arrivent encore.
Ferre Wyckmans, secrétaire général de la LBC-NVK
La grève du 22 décembre a suscité pas mal de critiques. A tort. Les grévistes méritaient au contraire des encouragements. Je ne suis pas non plus d’accord lorsqu’on dit que cette grève était un coup dans l’eau. Par celle-ci, nous avons pu dire à une partie de l’opinion publique : ne vous faites aucune illusion sur cet accord.
En ce moment, nous sommes très occupés à mobiliser pour le 30 janvier. Nous distribuons des tracts et documents, et nous organisons aussi des réunions d’information. Nous tenons compte du fait qu’en février il y aura peut-être encore de nouvelles mesures d’économies pour les services publics. Et ce ne sera pas rien. Les gens qui partiront à la pension ne seront plus remplacés.
Dans le climat actuel, les services publics sont un oiseau pour le chat. Vraiment, ce qui est sur la table est un plan de démolition pur et simple. Chez nous, la question des pensions est particulièrement sensible. Les gens doivent travailler plus longtemps, mais on supprime les possibilités comme l’interruption de carrière.
Chris Reniers, secrétaire générale ACOD
J’ai bon espoir que tout le secteur du métal malinois sera à l’arrêt le 30 janvier. Lors de notre bureau de la semaine dernière – donc, avant la décision d’opérer en front commun – le ton était déjà très ferme et clair : il nous faut maintenant réagir ! Nous avons déjà manifesté ; cette fois-ci, il faut faire grève. Trois points comptent beaucoup : que le gouvernement remette en cause les conventions collectives de travail en cours ; le fait que de grandes entreprises comme, par exemple, Arcelor ne paient pour ainsi dire pas d’impôts ; et, pour les jeunes, la fin des avantages liés au logement.
Tout cela va-t-il avoir un résultat ? C’est la question que se posent tous les travailleurs. Que nous puissions encore faire reculer les mesures décidées en décembre, certains n’y croient plus, mais des mesures de transition doivent être créées. Et ce qui va nous tomber dessus les prochains mois est une importante motivation pour la grève. Par exemple, l’attaque probable sur l’index. Avec cette grève, dont j’espère qu’elle sera un succès tant au plan national qu’à Malines, nous lançons un signal clair : si on ose toucher à l’index, la réaction sera massive.
Luc De Bock, secrétaire ACV Metea Mechelen
Le gouvernement veut geler les moyens des services publics. Et c’est toute la population qui se retrouve embêtée : moins de trains ou de bus, files plus longues dans les administrations…
Le ministre des Pensions a voulu « ménager » l’accès à la pension pour certaines catégories de travailleurs (conducteurs de train, policiers, militaires, journalistes). Mais il oublie les poseurs de voie qui sont au boulot jour et nuit par tous les temps. Passer à 40 ans de carrière, c’est travailler jusqu’à au moins 63 ans pour avoir une pension complète. Même chose pour les infirmières qui devraient encore soulever et laver des malades à 62 ans, les instituteurs qui devraient gérer des classes de plus en plus nombreuses à plus de 60 ans...
Ils n’acceptent pas non plus que le calcul sur base des 10 dernières années au lieu de 5 va faire diminuer le montant des pensions. Ce sont les pensions les plus faibles qui vont perdre le plus.
La grève du 22 décembre a permis de rappeler aux nouveaux ministres, qui se prenaient pour superman, qu’il y a des règles à respecter. Le lendemain, le ministre nous a invités à discuter sur certains aspects des textes. C’est un peu tard, mais soit. Nous allons aller chercher tout ce qu’il est possible d’encore obtenir.
Alain Lambert, vice-président de la CGSP