
« Blanc de colère » est cet éducateur venu manifester la semaine dernière à Bruxelles avec plus de 3 200 autres travailleurs du non-marchand. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)
La salle de l’Ancienne Belgique était trop petite le 2 février pour accueillir plus de 3 200 infirmières, éducateurs, aides-familiales, puéricultrices, assistants sociaux, psychologues, formateurs, aides-soignantes,… Tous ces travailleurs rendent service à une population qui en a de plus en plus besoin. À l’appel des trois syndicats, ils réclament plus d’emplois (10 000) et des salaires plus élevés (dont un 13e mois) et ils s’opposent à la commercialisation du secteur. La semaine dernière, ils ont déposé leur cahier de revendications auprès du Premier ministre. Et la mobilisation va durer jusqu’en juin, afin d’obtenir un nouvel accord pour 2011-2012.
« Même en période de crise, il faut que le non-marchand soit un secteur où l'on crée de l’emploi », dit Yves Hellendorf, secrétaire national de la CNE (CSC). « Des emplois de qualité, c’est indispensable » ajoute Eric Neuprez, pour la Centrale Générale (FGTB). « Ils ont su donner de l’argent aux banques, mais malheureusement pour essayer d’avoir un service public de qualité, de bien-être auprès des particuliers et des citoyens, on a très difficile de trouver de l’argent ».
Yves Hellendorf. C’est évidemment une question de choix politique. Autant il y a besoin d’emploi pour créer de la richesse nationale, autant il faut redistribuer cet argent vers les services à la population, si on veut que cette économie tourne.
Il y a un an, les banques ont obtenu de l’argent en un week-end. Apparemment, pour vous ça risque de ne pas aller aussi vite…
Yves Hellendorf. Il faut vraiment revoir la manière dont on répartit les moyens du budget. Il y a des moyens, mais il faut arrêter avec les aides aux entreprises, genre centres de coordination, déductions fiscales et autres. Il y a possibilité de créer de l’emploi, notre secteur l’a prouvé ces dernières années, et peut continuer à le faire.
Vous dites que le secteur a besoin de 10 000 nouveaux emplois. Comment pensez-vous les financer ?
Mark Selleslagh, secrétaire national de la LBC (syndicat chrétien néerlandophone des employés). Nous espérons que pour le bien-être et la santé en Belgique le gouvernement aura la même énergie que pour les banques. La situation financière est un peu plus difficile, mais ça ne peut pas être une raison pour que les gens doivent attendre leurs soins plus longtemps. Pas question de payer deux fois la crise, nous demandons un plan d’investissement social. Il faut faire des choix en faveur ce secteur très important dans la société et qui compte 400 000 travailleurs. Ce que les autorités ont fait en un week-end pour les banques, elles peuvent aussi le faire pour le non-marchand.
Le PTB propose une taxe des millionnaires pour financer ces créations d’emplois. Qu’en pensez-vous ?
Yves Hellendorf. Il faut faire ce genre de chose au niveau européen, sinon nous aurons de graves problèmes. Il faut créer une harmonisation fiscale en Europe, qui empêche d’avoir des paradis fiscaux, y compris en Europe. Nous pensons aussi qu’il faut taxer les transactions financières pour arriver vraiment à ce qu’il y ait des moyens supplémentaires pour les services aux personnes.
Mark Selleslagh. Nous ne dirons pas que c’est la seule possibilité ou qu’il faut absolument passer par là. Nous sommes ouverts à toutes les différentes façons de financer le secteur. Mais il est bien sûr exact qu’il existe des possibilités financières pour gérer autrement dans ce pays les revenus de l’Etat et les moyens alloués aux régions et communautés. Et quand on a besoin d’argent pour la santé et le bien-être des gens, ça n’aurait pas de sens de ne pas parler de ces revenus.
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