Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
12 janvier 2009 18:31 | Il y a : 1  an(s) |

Il y a nonante ans, l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht

Novembre 1918, l’Allemagne entre en révolution. Les dirigeants communistes Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht soulèvent les masses. Ils seront assassinés sur ordre de la social-démocratie. Nonante ans plus tard 80 000 allemands leur ont rendu hommage.

Julien Versteegh

Dix milles personnes, dont de nombreux syndicalisten, ont défilé le 11 janvier dans les rues de Berlin en l’hommage de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht assassinés il y a 90 ans. Mais au cours de la journée, 80 000 personnes se sont rendu au mémorial dressé en l’honneur des deux militants communistes. (Photo Björn Kietzmann)

15 janvier 1919. L’Allemagne ouvrière pleure ses deux plus grands représentants. Les Spartakistes (communistes) Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht viennent d’être assassinés sur ordre du social-démocrate Noske. Nonante ans plus tard, des dizaines de milliers de personnes défilent encore en leur honneur dans les rues de Berlin. Une ferveur à l’égal de celle que soulevaient en leur temps ces deux dirigeants de la révolution allemande qui failli bien renverser l’histoire.

La révolution de novembre 1918

Novembre 1918. La Première guerre mondiale fait rage depuis 4 ans et l’Allemagne est exangue. Des millions d’hommes sont mobilisés, plus d’un million a été tué. À l’arrière, dans les villes et les campagnes allemandes règnent les restrictions, comme en témoigne cet ouvrier socialiste en mai 1918 : « Dans les localités où la population vit surtout de l’industrie, règne la disette. Tous les dix jours, ils reçoivent un kilo de pommes de terre, ce qui fait deux pommes de terre par jour, très peu de pain. On meurt lentement de faim. (…) Vous ne pouvez pas vous faire une idée de pareille misère… À quoi tout cela aboutira-t-il ? » .

Cette guerre menée pour le contrôle du monde n’a rien à offrir aux travailleurs si ce n’est plus de misère et de morts. La population, les travailleurs et les soldats n’en peuvent plus. L’exemple de la révolution russe qui a mis fin à la guerre sur le front de l’est attire et encourage à passer à l’action. Et ce n’est pas la participation des sociaux-démocrates au gouvernement de l’empereur qui y change quelque chose. Au contraire, sous leur autorité, la guerre continue.

Le 4 novembre, les marins de Kiel se révoltent, s’organisent en Conseil de soldats et d’ouvriers et exigent la paix immédiate. La révolte s’étend rapidement. Le 8 novembre, le Conseil d’ouvriers, de soldats et de paysans de Munich annonce la création de la république socialiste de Bavière. Le 9 novembre, Berlin entre dans la danse. Le 10 novembre, l’ancien ordre impérial tombe, l’Empereur abdique, la république est proclamée. Le 11 novembre, l’armistice met fin aux quatre années de conflit. C’est la première victoire de la révolution.

La social-démocratie choisi la contre révolution

C’est dans ce contexte que le parti social-démocrate, qui a soutenu la guerre depuis le début, prend les affaires du pays en main. Mais la social-démocratie choisi résolument le camp de la contre-révolution. Le dirigeant social-démocrate Ebert aurait d’ailleurs déclaré : « Je ne veux pas de cette révolution, je la hais comme je hais le péché »

De leur côté, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg anime l’aile révolutionnaire du parti social-démocrate dont ils se séparent en 1917 pour former la ligue Spartakiste qui deviendra en décembre 1918 le parti communiste. Deux conceptions s’affrontent alors au sein des masses ouvrières. Celle des Spartakistes appelle à l’action : « Il s’agit (…) d’élargir cette révolte en une lutte qui assure la totalité du pouvoir aux ouvriers et aux soldats, et d’arracher la victoire par des grèves de masse » .

Pour les sociaux-démocrates, la proclamation de la République doit sonner l’arrêt des actions. Le socialisme c’est pour (beaucoup) plus tard : «  c’est par le canal d’une transformation pacifique que nous voulons conduire progressivement notre système étatique à la démocratie et notre économie au socialisme »

De ces deux conceptions naît un conflit entre les forces gouvernementales dirigée par le parti social-démocrate et les forces révolutionnaires dirigées par les Spartakistes.

La semaine sanglante

Janvier 1919. Le limogeage du préfet de police de Berlin favorable aux forces révolutionnaires met le feu aux poudres : les ouvriers de la ville se soulèvent. La social-démocratie opte pour la répression et armes des milices réactionnaires ou Corps francs, ces mêmes Corps francs dont sortiront les nazis quelques années plus tard. À leur tête, le dirigeant social-démocrate Gustav Noske qui ordonne d’attaquer la ville. Du 6 au 12 janvier la répression est sanglante, l’ennemi à abattre : les Spartakistes. Des centaines de révolutionnaires sont impitoyablement massacrés. Noske écrira dans ses mémoires : « il faut que quelqu’un soit le chien sanguinaire, je n’ai pas peur de cette responsabilité ». Le 15 janvier, vers 21 heure, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont arrêtés dans le quartier de Wilmersdorf à Berlin. Durant leur transfert vers la prison, ils sont assassinés froidement sur ordre du social-démocrate Noske. Le corps de Rosa Luxemburg est jeté dans un canal et ne sera retrouvé que cinq mois plus tard. Des milliers de travailleurs assistent aux funérailles de Liebknecht. La révolution allemande n’est pas encore morte mais vient de recevoir un terrible coup. Il faudra attendre 1923 pour voir les derniers soubresauts de cette révolution qui finalement échoue. Par l’intermédiaire des Corps francs constitués par la social-démocratie, les nazis vont bientôt se développer. Mais ceci est une autre histoire.

Pour en savoir plus sur Rosa Luxemburg, Karl Liebnecht et la révolution allemande, nous vous conseillons l’excellent ouvrage de Gilbert Badia, Les Spartakistes, 1918 : L’Allemagne en révolution, paru en 2008 aux éditions Aden.


Réagir ?

alain, 20-03-09 11:14:
De passage à Berlin, le 15 janvier, j'aurais aimé lancer quelques fleurs dans la Spree là où Rosa avait été été jetée.
Mais impossible de savoir le lieu; pas de stèle, pas de monument, pas de trace dans les biographies.

Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*